A quoi servent les journalistes ?
Jeudi 8 mai 2008
La révolution française avait institué la presse comme appendice de la parole politique auprès d’un public cultivé. Le journalisme moderne, qui est devenu une source d’informations pour le plus grand nombre, est né en 1830 au Etats-Unis et une quarantaine d’années plus tard en France. C’est ce que nous rapporte l’étude de Géraldine Muhlmann dans « Philosophie politique du journalisme moderne ».
Dès le début du siècle dernier, le journalisme s’est défini dans une double acception : le journalisme du « témoin-ambassadeur » (le « média ») s’oppose à ce que Theodore Roosevelt appelait les muckrakers, littéralement les « fouille-merde ».
La figure du témoin-ambassadeur, celui qui rassemble autour de la vérité (vérité de fait, vérité révélée, rapportée), tombe cependant dans une aporie similaire à celle de l’historien : celui qui rapporte une histoire doit la raconter, il existe une subjectivité du journaliste qui traverstit la vérité et empêche le rassemblement autour de la vérité : il ne peut qu’y avoir consensus.
Le muckraker profite de cette fragilité et s’engouffre progressivement en elle. En 1970 en France, le journalisme commence à renoncer à rassembler le plus grand nombre et né « Libération », qui ne s’adresse qu’aux « dominés ». Ce mouvement n’a jamais cessé de se poursuivre, au point qu’aujourd’hui toute information rapportée par un journaliste est ultra-subjecti-visée. Le sujet-supposé-témoin s’adresse au sujet-supposé-à-distraire-et-peu-pensant, où l’information d’origine est mitraillée d’intérêts libidino-économico-politico-débilisants (les masses travaillent et ont besoin de se distraire, c’est l’un des pré-requis de la modernité). A la limite, l’information est anecdotique, et le média, normalement situé entre deux entités, se recroqueville sur lui-même, s’ego-centre et s’abîme, pour donner ça :
http://www.lemonde.fr/politique/…
Oui, chers journalistes, il faut aussi que vous assumiez une réforme profonde, une réforme qui réhabilitera le phénomène éducatif et l’information. Vos formations scolaires sont il est vrai assez pauvres. C’est à vous de reprendre la responsabilité de penser, de reprendre usage de vos entendements, de cesser de vous plaindre de la tutelle qui vous guette effectivement et de ramener vos lecteurs et auditeurs à de meilleurs sentiments. Vous êtes devenus ce que d’autres ont renoncé à être : des opposants. Et vous deviendrez ce que ces autres sont aujourd’hui : de vaines machines à dire “non”.
